Interview : l’Ambassadeur présente la vision du gouvernement sur la nouvelle "Stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux"

Dans une interview accordée au quotidien Thanh Nien, l’Ambassadeur de France au Vietnam, Bertrand Lortholary, présente la vision du gouvernement français sur la « Stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux » dévoilée le 19 novembre 2018, et notamment sur le point « Appliquer des frais différenciés et tripler les bourses d’études ».

Le Premier Ministre Édouard Philippe vient de présenter la nouvelle "Stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux" élaborée par le gouvernement. Cette annonce (notamment le point n°4, "Appliquer des frais différenciés et tripler les bourses d’études") suscite beaucoup de questions au sein de la communauté des étudiants vietnamiens en France ainsi qu’auprès des lycéens/étudiants vietnamiens qui voudraient faire leurs études universitaires en France. Comment peut-on espérer d’attirer plus de monde en augmentant les frais ?

La qualité de l’enseignement supérieur français qui se place en 4e position sur le plan mondial est unanimement reconnue.

Jusqu’à présent, les étudiants étrangers faisant leurs études supérieures en France bénéficiaient d’une quasi gratuité en termes de frais d’inscription (de l’ordre de 250 à 300 € par an). En réalité, le coût d’un étudiant, quel qu’il soit (français ou étranger) varie entre 10 000 € et 15 000 € par an. C’est le prix pour un enseignement de très grande qualité. Cela veut dire que le gouvernement français, en prenant en charge presque 100% de ces coûts, consacre 3 milliards d’euros pour financer les études des étudiants étrangers dans son système d’enseignement supérieur. Cela concerne 245 000 étudiants étrangers dont un tiers d’étudiants extra-européens, et parmi eux plus de 7 000 étudiants vietnamiens.

Aujourd’hui, la France veut renforcer son offre d’accueil et de services pour accroître son attractivité aux yeux des étudiants du monde entier avec un objectif ambitieux de 500 000 étudiants internationaux en 2027, d’où la mise en place d’une nouvelle stratégie.

Cette stratégie prévoit, comme vous le soulignez, une tarification différenciée. Mais celle-ci n’est que le quatrième point parmi six axes d’action. La stratégie prévoit également de :


-  simplifier la politique des visas ;
-  multiplier les formations en français langue étrangère et en anglais pour assurer un parcours de réussite ;
-  créer un label transparent de la qualité de l’accueil des étudiants internationaux ;
-  renforcer l’offre française de formation supérieure à l’étranger ;
-  lancer une campagne de communication mondiale pour faire encore mieux connaître la France en tant que destination d’études incontournable.

Pour en revenir à votre question, la demande de participation pour les étudiants étrangers non issus de l’espace économique européen (ce que nous appelons les étudiants « extra-communautaires ») à ces frais de formation ne représentera en réalité qu’une petite partie, un tiers en moyenne, du coût réel de la formation, (2 770 € en licence et 3 770 € en master et doctorat pour un coût réel variant entre 10 000 et 15 000 euros).

Cela veut dire deux choses :
-  Tout d’abord, que l’État français continuera de financer le reste, ce qui restera un effort considérable. Pour les 7000 étudiants vietnamiens actuellement présents en France, cela représentera, par exemple, plus de 50 millions d’euros par an.
-  Ensuite, cela signifie également que grâce à la poursuite de cet effort financier de la part de l’Etat français, les études supérieures en France resteront parmi les plus abordables du monde, pour un niveau de qualité parmi les meilleurs au monde. Payer de 2 770 € à 3 770 €, cela restera moins cher qu’au Japon, très en dessous des 8 000 € à 13 000 € annuels pour la plupart des pays européens, des dizaines de milliers de livres en Grande-Bretagne, ou encore des 20 000 à 30 000 dollars en moyenne pour les Etats-Unis et l’Australie.

Enfin, la France souhaite toujours, et plus que jamais, attirer les talents, tous les talents. Cela veut dire que pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’investir 2 000 ou 3 000 € par an en frais d’inscription, le gouvernement français va tripler le nombre de bourses et les exonérations de droits. Actuellement, la France attribue chaque année des bourses d’études à 7 000 étudiants étrangers. S’y ajouteront dès l’année prochaine 8 000 bourses d’exonération. A ce dispositif national, s’ajouteront environ 6 000 autres bourses d’établissements, gérées directement par les universités pour les attribuer aux étudiants internationaux les plus brillants.

Pourriez-vous nous donner plus de détail sur ce point n°4, en particulier les changements qui affecteront les étudiants vietnamiens ? Par exemple, selon le dossier du gouvernement français, l’augmentation des frais d’inscription concerne les étudiants internationaux qui ne sont pas ressortissants d’un pays de l’espace économique européen ou de la Suisse et "qui s’inscrivent pour la première fois dans un cycle supérieur de formation en France". Cela veut-il dire que pour les années de licence L2 et L3, de master M2, et de doctorat D2 et D3 que les frais resteraient moins chers, ou bien les mêmes frais s’appliqueront-ils ?

Il y aura une période de transition. Les étudiants vietnamiens déjà inscrits dans un cursus public de formation en France à la rentrée 2018 ne seront pas affectés par cette nouvelle réglementation des droits d’inscription, jusqu’à ce qu’ils changent de cycle. Un étudiant en L1 en 2018 paiera les mêmes droits pour les deux années suivantes de Licence. Si, en revanche, il est en L3 en 2018 et souhaite poursuivre en M1 l’année prochaine, il devra s’acquitter des nouveaux frais d’inscription. En fonction de sa situation, il pourra bien entendu se porter candidat à des bourses et exonération, dans le cadre du dispositif renforcé que j’ai décrit précédemment.

Au sujet des demandes de visa pour les étudiants vietnamiens qui souhaitent étudier en France, faut-il désormais ajouter le nouveau coût des frais d’inscription à l’attestation bancaire (justifiant du dépôt d’un ordre de transfert, permanent et irrévocable, d’un montant minimum de la contre-valeur de 615 euros par mois pour la durée du séjour) ?

L’attestation bancaire demandée par les services des visas a pour objectif de s’assurer que l’étudiant dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d’études, de retour et vivre correctement pendant toute la durée de son séjour d’études en France. Elle est à différencier des frais d’inscription qui ne sont à payer qu’une seule fois au début de chaque année universitaire. La mesure que vous évoquez n’est pas prévue à ce stade.

Le revenu par tête au Vietnam est estimé en 2018 à 2 540 dollars américains (2 225,71 euros). Les frais d’inscription en licence à 2770 euros - les plus bas parmi les 3 cycles - est une somme importante qui pourrait représenter un obstacle conséquent pour les étudiants vietnamiens issus de la classe moyenne ? Le gouvernement français a annoncé qu’il triplerait le nombre de bourses (de 7 000 à 21 000-22 000). Parmi ces bourses, combien pourraient être approximativement délivrées aux étudiants vietnamiens ? La question se pose alors qu’il est marqué dans le document officiel qu’ "elles concerneront prioritairement les étudiants en provenance du Maghreb et des pays d’Afrique".

Je me permets de rappeler à nouveau que le gouvernement français continuera à prendre en charge la majorité des frais de formation des étudiants internationaux.

Concernant les bourses, l’Ambassade de France et le ministère des Affaires étrangères français en octroient chaque année plusieurs dizaines aux meilleurs étudiants vietnamiens qui viennent dans les établissements français (80 lauréats en 2017). En 2018, ce sont 400 étudiants vietnamiens qui bénéficient d’une bourse d’études totale ou en cofinancement pour étudier en France, pour un total de près de 2 millions d’euros.

Comme je vous l’indiquais, nous allons plus que doubler ces bourses, pour passer de 7 000 à 15 000 au niveau mondial. Avec les 6 000 bourses d’établissement que j’évoquais également précédemment, ce sont dont 21 000 bourses qui seront disponibles. Je plaide pour ma part pour que le Vietnam en bénéficie au maximum, parce que je sais que la qualité des étudiants vietnamiens est reconnue et très appréciée des établissements d’enseignement supérieur français, et parce que parmi les objectifs de la France au Vietnam, il y a notamment l’objectif d’accueillir encore plus d’étudiants vietnamiens en France.

Je souhaite par ailleurs préciser qu’il existe aussi de nombreuses autres bourses accessibles aux étudiants vietnamiens, proposées par les entreprises, fondations, collectivités locales françaises ou dans le cadre de dispositifs européens. Campus France héberge le moteur de recherche mondial CampusBourses, qui permet déjà aux étudiants et chercheurs vietnamiens de financer toute ou partie de leur mobilité vers la France.

L’Ambassade de France, le Consulat général de France ainsi que Campus France prévoient-ils un accompagnement des étudiants vietnamiens pour les aider à payer ces frais d’inscriptions (démarches boursières, aides pour trouver un travail étudiant (60 % de la durée légale du temps de travail), etc.) ?

Lorsque les étudiants vietnamiens sont en France et qu’ils désirent travailler, ce sont les établissements d’enseignement supérieur qui les accompagnent dans ces projets. La loi française autorise les étudiants étrangers à travailler, à titre accessoire, l’équivalent de 60 % de la durée légale du temps de travail.

Lorsque l’on travaille en France, étudiant ou pas, un salaire minimum légal est garanti.

Les démarches administratives pour les nouveaux étudiants étrangers en France sont assez compliquées et coûteuses (frais de visa, de TLS Contact, de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration), de titre de séjour…). Tout changera-t-il avec “Bienvenue en France - Choose France” ? Concernant les demandes de visa, quelles sont les mesures que l’Ambassade de France (et le Consulat Général de France) va appliquer pour l’année universitaire/scolaire 2019-2020 ?

Les frais de visas pour les étudiants sont déjà divisés par 2 par rapport aux autres types de visas.
Pour la rentrée prochaine, la délivrance des visas sera simplifiée :
• Les étudiants seront prioritaires dans le traitement des dossiers de visas par les consulats ;
• La mise en place du portail numérique France-Visas (opérationnel au Vietnam depuis lundi dernier) va permettre un meilleur accès à l’information sur les documents à fournir, une simplification des démarches grâce à la dématérialisation, et une meilleure interface avec l’inscription universitaire.

Aujourd’hui, les étudiants étrangers bénéficient d’un visa de long séjour valant titre de séjour (VLS-TS). Dès mi-2019, la transformation du visa en titre de séjour pourra avoir lieu de façon dématérialisée, sur une plateforme internet, pour éviter aux étudiants d’avoir à se déplacer à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).

Les étudiants basculeront ensuite sur un titre de séjour étudiant, sous la forme d’une carte de séjour pluriannuelle pour l’ensemble de la durée restante du cycle d’études dans lequel ils seront engagés. Pour faciliter l’obtention de ces titres, des guichets délocalisés, déjà existants, seront généralisés dans toutes les universités, accompagnés de la mise en place de guichets dédiés dans les préfectures, sur l’ensemble du territoire français.

Enfin, à partir de mars 2019, les étrangers ayant obtenu un diplôme de niveau master en France, et qui étaient retournés dans leur pays d’origine, pourront bénéficier d’un titre de séjour pour revenir en France et chercher du travail. C’est une innovation majeure de la loi du 10 septembre 2018 pour favoriser les mobilités circulaires, conformément à l’engagement pris par le Président de la République.

Le point n°5 du dossier, sur la volonté du gouvernement d’ "accroître la présence et du rayonnement des établissements français à l’étranger" signifie-t-il que celui-ci compte renforcer davantage les établissements universitaires français au Vietnam ainsi que les programmes de coopérations franco-vietnamiens ? Les étudiants vietnamiens auront-ils davantage l’opportunité de poursuivre leurs études au Vietnam via des cursus français ?

J’ai parlé de notre ambition d’augmenter le nombre d’étudiants étrangers en France à 500 000 d’ici 2027. Mais ce n’est pas le seul objectif que nous nous sommes fixé : dans un discours prononcé le 20 mars 2018 sur la langue française et la francophonie, le Président de la République a fixé une autre cible très ambitieuse : doubler le nombre d’étudiants bénéficiant de l’offre française de formation implantée à l’étranger. La politique française de projection vise de ce fait deux objectifs complémentaires :


- Accroître le rayonnement de l’enseignement supérieur français, en démultipliant les capacités de formation des établissements à l’étranger ;
- Renforcer notre politique d’aide au développement, en offrant à la jeunesse de nos pays partenaires la possibilité de suivre des formations proposées par des établissements français sans avoir à quitter leur propre pays.

De ce point de vue, avec près d’une centaine de formations françaises délocalisées qui accueillent chaque année environ 3 000 étudiants, l’offre de formation française au Vietnam est déjà très étoffée, faisant du Vietnam le 4e pays en volume d’étudiants inscrits dans des filières délocalisées. J’ajoute enfin qu’il existe aussi plusieurs programmes exemplaires :


- L’Université des Sciences et Technologies de Hanoï – Université Vietnam-France (USTH), sur le campus de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam (VAST), qui propose plusieurs licences et masters dans des technologies de pointe. L’USTH est une université publique de droit vietnamien pour laquelle l’autonomie et la responsabilité favorisent le dynamisme scientifique et l’adaptation aux changements économiques et sociaux du Vietnam.
- Le Programme de formation d’ingénieurs d’excellence au Vietnam (PFIEV), implanté dans les Instituts Polytechniques de Hanoi, de Danang et de Ho Chi Minh-Ville ainsi qu’à l’Ecole Nationale Supérieure de Génie Civil de Hanoi. Le diplôme d’ingénieur, délivré par le ministère vietnamien de l’Education et de la Formation, est le premier diplôme délivré par le Vietnam à être reconnu par la France. C’est également le premier programme de l’enseignement supérieur vietnamien à obtenir une reconnaissance internationale. Le programme accueille actuellement 1 400 étudiants sur les quatre sites vietnamiens, répartis sur les cinq années de formation
- Et enfin, le Centre franco-vietnamien de formation à la gestion (CFVG), premier programme de coopération franco-vietnamien dans le domaine de l’enseignement supérieur créé en 1992. Le CFVG offre aux jeunes cadres vietnamiens une opportunité unique de bénéficier de l’excellence des meilleurs établissements français dans les domaines du management, de la finance et du marketing, à travers 2 Masters, 1 MBA et un programme doctoral, dont les enseignements sont assurés en anglais. Le CFVG est actuellement engagé dans un processus de transformation, soutenu par l’Union européenne, la France et la Belgique, en une université de gestion européenne (European Management University) en partenariat avec l’European foundation for management development (EFMD) et plusieurs grandes écoles de gestion européennes.

(Source : Ambassade de France au Vietnam / Propos recueillis par Thanh Nien)

Dernière modification : 29/11/2018

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