Grand angle – Monsanto, les OGM et le Vietnam

La fusion de deux géants de la chimie agro-industrielle, l’américain Monsanto et l’allemand Bayer, pour la somme de 59 Md€, a été annoncée le 14 septembre 2016. Les deux firmes sont implantées, solidement, au Vietnam. L’arrivée de Bayer est ancienne. En 1994, année de la levée de l’embargo américain, le fabricant d’engrais dont le siège est à Leverkusen investit dans le projet Agritech Saigon et fait peu à peu ses griffes. Monsanto est venu plus tard, en raison d’un facteur politique difficilement négligeable : l’entreprise a participé à la fabrication de l’agent orange, ce défoliant utilisé par l’armée américaine entre 1961 et 1971.

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Un paysan vietnamien de la province de Dong Nai
© Dien Luong / The WorldPost

La responsabilité historique de Monsanto a été le sujet de nombre d’esclandres judiciaires et diplomatiques, mais un tribunal de New-York a exonéré l’entreprise – contrainte par des directives gouvernementales – de toute responsabilité (d’autant que juridiquement, ce n’est plus la même entreprise aujourd’hui). La firme communique aujourd’hui sur le fait qu’elle ne se concentre plus « que sur les questions d’agriculture ». En la matière, le plus grand fabricant au monde de semences génétiquement modifiées (OGM) compte bien placer ses billes sur le très attractif marché vietnamien. Vu du Missouri, où Monsanto a été fondée en 1901, il y a 90 millions de consommateurs potentiels au Vietnam et une forte croissance de la demande pour les produits agricoles. Autant donc ne pas lésiner sur les moyens, d’autant plus que le gouvernement américain est prêt à mettre son poids dans la balance.

Dons à des universités et ONG vietnamiennes, colloques organisés avec des personnalités choisies, opérations de promotion de grande envergure à destination des agriculteurs, Monsanto joue, depuis la fin des années 2000, de tous ses charmes pour convaincre. Les herbicides se sont d’abord bien vendus. Puis, au printemps 2015, est intervenue la première récolte de maïs OGM avec l’aval du gouvernement vietnamien, avec une commercialisation dans les mois qui ont suivi. En un peu plus de 18 mois, les cultures OGM se sont multipliées.

Le Vietnam a-t-il besoin de semences génétiquement modifiées, notamment lorsqu’il est importateur de maïs à grands frais ? Le débat est complexe. D’un côté, il y a la préoccupation bioéthique et le souci environnemental, ainsi que la peur des effets désastreux à terme sur une économie agricole composée essentiellement de petits exploitants. De l’autre, on avance que la modification génétique peut sauver l’humanité des carences alimentaires, voire des famines. L’invention d’un riz capable de pousser dans l’eau salée pourrait permettre par exemple de faire face au changement climatique et à la montée des eaux dans le delta du Mékong.

La fusion entre Monsanto et Bayer, si elle est confirmée, conduira à une redéfinition de la stratégie internationale de la nouvelle entité. Il est peu probable néanmoins qu’un groupe plus puissant encore, en situation de quasi-monopole sur la chaîne de production des produits agricoles, soit moins agressif.

Dernière modification : 26/09/2016

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