Grand angle – Masan, portrait d’un groupe puissant

JPEG

Dans la liste des quarante entreprises vietnamiennes les plus puissantes qu’il vient d’établir, le magazine Forbes classe le groupe Masan à la huitième place. Son président, M. Nguyên Dang Quang, a en effet de très grandes ambitions. Il espère atteindre en 2020 une valorisation totale de son groupe de 20 Md USD. Irréaliste ? M. Quang assure que non.

Masan est né en 1996 sous le nom de Viêt Tiên, mais c’est en 2002 qu’il lance son premier produit phare : les sauces Chin-su. La grande distribution au Vietnam n’en est alors qu’à ses débuts, mais à peine les premières étagères montées, les bouteilles de sauce piquante envahissent les rayons des supermarchés. D’autres produits suivront, dont les ventes permettront de racheter des entreprises du secteur alimentaire : Vinacafé Bien Hoa ou encore les eaux minérales Vinh Hao.

Masan est désormais côté en bourse à Ho Chi Minh-Ville et intéresse de puissants investisseurs étrangers. Bientôt, Goldman Sachs, Dragon Capital ou Chandler Corporation achètent des parts, ce qui donne une certaine aisance financière. A compter de 2010, le groupe décide donc de s’ouvrir à des secteurs tout à fait éloignés de ses activités d’origines. Il fait l’acquisition des mines Nui Phao, dans le nord du pays, ainsi que de 30,4 % des parts de la banque Techcombank.

En 2015 et 2016, le groupe est revenu à son premier amour : l’agro-alimentaire. En faisant l’acquisition de près de 70 % des parts respectives de Proconco (une co-entreprise franco-vietnamienne) et d’Anco (nutrition animale), il se trouve en position de force et réussit à négocier un partenariat stratégique avec Vissan, l’entreprise publique qui gère la production et la distribution des produits carnés au Vietnam. Le 30 juin 2016, au terme d’une deuxième offre publique d’achat sur Anco, Masan possédait ainsi 24,9 % de Vissan.

Le cas de Masan et la croissance que le groupe connaît n’est pas un cas isolé. Les entreprises publiques, qui faisaient face pour beaucoup à des difficultés structurelles de gestion, sont « actionnarisées » (ouverture limitée du capital au secteur privé). Un secteur privé dynamique ne peut qu’en profiter. Si Masan apparaît comme incontournable dans l’agro-alimentaire, d’autres conglomérats se sont forgé en parallèle un nom ailleurs : Vingroup, Thanh Thanh Cong, Sovico, etc.

Ils pèsent lourd dans un Vietnam qui continue sur la voie des réformes économiques. Finiront-ils, comme les « chaebols », grands conglomérats sud-coréens, par avoir une influence politique dépassant les décisions relatives à leurs champs d’activités ?

Dernière modification : 11/07/2016

Haut de page