Grand angle – Le Vietnam et l’ASEAN : la stratégie de l’utilitaire

Initialement, pas de vision régionale ambitieuse ou de projet fédérateur dans les nombreuses déclarations vietnamiennes sur l’ASEAN. Une vision bien comprise des leviers mis à sa disposition par l’Association pour défendre ses intérêts et renforcer ses positions sans concéder de compromis stratégiques. Mais la diplomatie vietnamienne s’est affirmée depuis.

Un accélérateur de développement pour le Vietnam

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L’ASEAN : Singapour, Vietnam, Malaisie, Philippines, Indonésie, Thaïlande, Brunei, Laos, Birmanie, Cambodge

Force est d’admettre le succès de cette tactique. Vingt ans après son intégration en 1995, le Vietnam profite pleinement de la dynamique régionale. Le chiffre d’affaires des exportations vers les pays membres a été multiplié par 7 durant la période pour atteindre 17,45 Md USD en 2016. L’ASEAN est le 4ème partenaire commercial du Vietnam, après les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine.

Plusieurs facteurs ont prévalu à l’adhésion du Vietnam. Tout d’abord, l’accès prioritaire à de nouveaux marchés (Singapour, Thaïlande, Australie, Inde…) ainsi qu’à des organisations régionales (Union africaine). Ensuite, l’ASEAN, en tant qu’association sollicitée et à haute visibilité, fut un outil d’élargissement du champ diplomatique pour un Vietnam isolé sur la scène mondiale après son conflit avec le Cambodge en 1978-1979. Enfin, c’était faire le pari du soutien des autres pays membres dans les demandes effectuées auprès des institutions internationales (demande d’adhésion à l’APEC (1998) et à l’OMC (2007), préoccupations vietnamiennes concernant la mer de l’Est). Le Vietnam pourrait, à terme, revendiquer le statut de puissance continentale en Asie du Sud-Est.

Equilibre fragile entre politique intérieure et politique régionale

Les débuts n’ont cependant pas été faciles. Les diplomates vietnamiens, peu habitués au style informel de l’ASEAN, n’ont pas su en tirer avantage dans un premier temps : économie empêtrée dans des procédures bureaucratiques pénalisantes, population mal préparée aux transformations et épuisée au sortir de la guerre, infrastructures déficientes… Le Vietnam a fait le choix initial d’aller à l’encontre du groupe de pays réformateurs emmené par les Philippines et la Thaïlande ; ceci afin de protéger son économie et les intérêts de son propre groupe d’influence composé du Laos, du Cambodge et de la Birmanie, intégrés comme lui à la fin de la décennie 1990. C’est pour cette raison notamment que lors de sa présidence de l’ASEAN en 2000, le Vietnam a refusé que l’organisation se saisisse du dossier Aung San Suu Kyi après que celle-ci eut été placée en résidence surveillée.

Après avoir empêché toute réforme qui lui semblait risquée pour ses intérêts, le Vietnam s’est investi dans le processus régional et a entrevu le potentiel des réformes des normes fondatrices de l’ASEAN. L’entrée dans la modernité du pays s’est reposée sur la souplesse des mécanismes de l’organisation et son absence de contraintes qui ont permis les ajustements nécessaires. L’ASEAN prône le principe de l’indissolubilité des paramètres économiques, politiques et sécuritaires : ce qu’elle appelle la Comprehensive Security. Les élites vietnamiennes se sont d’autant plus facilement approprié les normes de l’ASEAN que celles-ci facilitent la poursuite de leurs objectifs : lâcher la pression économique sans remettre en cause le contrôle politique.

Dernière modification : 21/08/2017

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