Grand angle - Le Vietnam, de la ville à la campagne


Le Vietnam est historiquement un pays dans lequel l’essentiel de la population vit à la campagne. En 1960, d’après les données de la banque mondiale, il y avait 85 % de ruraux pour 15 % d’urbains (66/34 pour le monde). Ce chiffre est aujourd’hui de 66 % de ruraux (contre 46 % pour le monde en moyenne). Si les progrès économiques du pays ont été impressionnants dans les trente dernières années, ceux qui en ont bénéficié le plus sont bien les urbains. Les « ruraux » vietnamiens sont-ils pour autant des laissés pour compte ?

Il y a, à l’évidence, plusieurs Vietnam. Et l’exode rural de plus en plus important n’en est pas pour atténuer cette réalité. L’Etat-Parti vietnamien avait anticipé ce phénomène en « communiquant » dès les premières années du « Dôi Moi » (la réforme économique en 1986) sur la nécessité de construire une nouvelle ruralité et de restructurer l’agriculture. Cela a commencé par la fin progressive de la collectivisation et des « coopératives agricoles ». L’accent a été mis ensuite sur le développement d’une agriculture intensive pour pouvoir exporter. C’est ainsi, par exemple, que la troisième récolte annuelle du riz a été systématisée dans le delta du Mékong au cours des années 1990. Enfin, il a été question de construire des nouvelles infrastructures : routes, ponts, télécommunications, afin de désenclaver de très nombreuses zones du centre du pays, des montagnes, ou du delta du Mékong.

La « nouvelle ruralité » se heurte néanmoins aujourd’hui à des limites. Les inégalités territoriales restent très fortes et les jeunes, les forces vives des campagnes, partent à la ville pour étudier ou travailler. A cela s’ajoutent des difficultés plus conjoncturelles : chute du prix des produits agricoles (comme le café ou le caoutchouc) réduisant le revenu des agriculteurs, chute du cours du foncier rabotant les rentrées budgétaires des collectivités locales, et politique de taxation individuelle, y compris sur les nouveau-nés et les personnes handicapées, jugée inéquitable par les principaux intéressés. En guise de résultat, les communes se trouvent aujourd’hui endettées alors que très peu d’entre elles répondent aux critères « de la nouvelle ruralité » voulue par le gouvernement. « Rassemblons nos forces pour construire la nouvelle ruralité » - JPEG

Faut-il insister sur la hausse de la productivité agricole ? Le gouvernement central doit-il payer les dettes des collectivités locales ? Quel équilibre trouver entre des villes de plus en plus attractives et les campagnes ? Ces questions seront au centre de la deuxième session parlementaire de l’assemblée nationale, prévue pour durer entre le 20 octobre et le 22 novembre.

Dernière modification : 10/10/2016

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