Grand angle – Haro sur la sécurité alimentaire

PNG

Porcs ayant reçu du salbutamol, crevettes des injections de silicone, glaçons pour la consommation contaminés aux métaux lourds, sans oublier les poissons et fruits de mer suite à la catastrophe Formosa... L’énumération des scandales alimentaires de ces deux dernières années a de quoi modérer jusqu’aux appétits les plus gargantuesques. Il n’est donc guère une surprise que le sujet de la sécurité alimentaire compte aujourd’hui parmi les premières préoccupations de l’opinion publique comme des autorités vietnamiennes. En témoigne la sortie matinale du Premier ministre Nguyên Xuân Phuc, le 27 septembre dernier, pour aller inspecter le marché Long Bien (Hanoï), leur volonté d’améliorer la formation en ce domaine, pour les administrations comme pour les entreprises... Aujourd’hui, l’accent est mis sur le contrôle de la qualité une fois l’aliment arrivé sur les étals, mais ce n’est sans doute pas suffisant quand ce sont des filières entières qui doivent être réformées.

Dans la filière animale par exemple, il existe des solutions. La production locale est caractérisée par une prépondérance de l’élevage familial, à hauteur de 85 %. Ces élevages familiaux sont fragiles et exposés aux retournements de la conjoncture économique. Il faut leur assurer un débouché, en même temps qu’il faut les sensibiliser à la problématique de la sécurité alimentaire dès le stade de la production, en établissant des règles strictes sur l’usage des hormones de croissance ou des antibiotiques. C’est ce qu’un groupement d’entreprises françaises, qui comprend Neovia, Grimaud Frères et Le Boucher tente de faire pour la filière porcine dans le delta du Mékong, depuis la signature début septembre 2016 d’un accord avec l’association des éleveurs vietnamiens. C’est aussi l’objectif d’un master commun entre l’Université de Tours et l’Université Nong Lam (Ho Chi Minh-Ville), qui devrait être relancé à la rentrée 2017.

Le développement de normes de qualité publiques pour l’agriculture apparaît comme nécessaire. Là-encore, les pouvoirs publics vietnamiens en ont conscience. Ho Chi Minh-Ville exige désormais des nouvelles cultures de ses arrondissements péri-urbains qu’elles respectent les normes VietGAP ("Vietnamese Good Agricultural Practices", mises en place en 2008 et qui concerne tous les aspects de la production). L’application de ces normes sur l’ensemble du territoire, tant à l’élevage qu’au maraîchage améliorerait considérablement la sécurité sanitaire des aliments et réduirait l’impact de l’agriculture sur l’environnement.

Il y a une classe moyenne émergente dans les villes vietnamiennes. Elle consomme, et exige davantage. La nourrir et la satisfaire est un enjeu public de taille, alors qu’elle doute de plus en plus de l’innocuité du contenu de son assiette.

Dernière modification : 17/10/2016

Haut de page