Grand angle – Coup d’arrêt sur le nucléaire vietnamien


C’est une résolution d’importance que celle adoptée par l’Assemblée nationale vietnamienne le 22 novembre à 92,69 % des voix : le projet de construction de centrales nucléaires dans la province de Ninh Thuan est arrêté. Le chef du cabinet du gouvernement, M. Mai Tien Dung, fait montre d’une grande diplomatie. Il souligne que ce ne sont en aucun cas les technologies russes et japonaises prévues pour l’équipement des centrales, respectivement des réacteurs VVER et ATMEA, qui sont en cause, mais que ce sont principalement des raisons économiques qui ont conduit l’Assemblée à revenir sur la décision qu’elle avait entérinée en 2009.

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Des ingénieurs sur le terrain où devait être construite la centrale Ninh Thuan 1. © AEIA / Conleth Brady


Le Vietnam a en effet souhaité établir un ordre de priorités parmi les grands projets qu’il entend mener, dans un contexte budgétaire difficile. La construction de l’aéroport Long Thanh (province de Dong Nai), ou d’une autoroute et d’une ligne ferrée à grand vitesse entre le Nord et le Sud, sont plus stratégiques. D’autant que la capacité de production de 2000 MW des deux centrales de Ninh Thuan n’aurait couvert que 5,7 % des besoins énergétiques du pays. Il faut dire également que le projet coûtait cher et avait vu l’estimation de son coût de construction doubler depuis la catastrophe de Fukushima. Celui-ci était passé de 9 Md USD à 18 Md USD après une nouvelle évaluation des besoins en termes de sûreté des réacteurs, demandée par des autorités vietnamiennes stupéfaites par les images du 11 mars 2011.


Les plus optimistes voient dans cette décision d’arrêt des projets nucléaires une opportunité pour développer les énergies renouvelables. Quelques pas dans cette direction avaient été faits, avec notamment l’inauguration, en septembre 2015, de la première centrale solaire du pays dans la province de Quang Ngai.


C’est néanmoins l’énergie thermique et tout particulièrement le charbon qui assure aujourd’hui l’essentiel de la production électrique du Sud du pays. Plusieurs centrales au charbon sont par ailleurs en construction dans le delta du Mékong, dans les provinces de Tra Vinh, Soc Trang et Hau Giang, avec pour objectif d’atteindre une capacité de production annuelle de 36 000 MW en 2020 et 75 000 MW en 2030. L’effet de la combustion du charbon en termes de rejet de CO₂ et de gaz à effet de serre est bien connu. Mais, pour aller dans le sens des optimistes, les autorités vietnamiennes avaient établi ce plan bien avant qu’elles ne ratifient l’accord de Paris sur le climat en novembre 2016. Le solaire et l’éolien pourraient en effet connaître une croissance rapide.

Dernière modification : 28/11/2016

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