[Discours] Remise de l’Ordre national du Mérite à M. Jean-Luc Voisin le 13 février 2020

L’Ambassadeur de France au Vietnam Nicolas Warnery a remis ce 13 février l’Ordre national du Mérite à M. Jean-Luc Voisin, fondateur de Vergers du Mékong, une entreprise agro-alimentaire aux normes européennes écoresponsable située dans le delta du Mékong.

Discours de l’Ambassadeur
Remise de la médaille du Mérite à M. Jean-Luc Voisin
Hô Chi Minh Ville – jeudi 13 février 2020

Nous sommes réunis ce soir pour honorer Monsieur Jean-Luc Voisin.
J’en suis particulièrement heureux, à titre personnel, puisque je connais Jean-Luc depuis 16 ans, que j’apprécie ses valeurs humaines et professionnelles, et sa fidélité en amitié.

Je suis heureux aussi, bien sûr, à titre officiel, pour ce que M. Voisin a apporté et continue d’apporter à la relation franco-vietnamienne, à nos intérêts économiques, et à l’image de notre pays.

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Jean-Luc voisin est à bien des égards un homme des sommets.

1/ Sommet, au sens propre d’abord, puisque Jean-Luc est un alpiniste savoyard.

S’il c’est à Lyon qu’il est né, en 1953, c’est dans la ferme familiale de ses grands-parents maternels dans le village de Saint-Jean d’Arvey, sur le plateau de Leysse, qu’il a grandi.

Il est élevé avec l’amour de la terre. Il aimait les grands espaces qui l’entouraient. Qui pourrait le lui reprocher ? De la Croix du Nivolet ou au Sommet de Sire, la vue sur le lac du Bourget et Chambéry est fantastique.

Il adorait les randonnées dans le Massif des Bauges. Il continue d’ailleurs de crapahuter (comme il dit), en entraînant désormais dans sa cordée ses 3 petits-fils. Je vous conseille un détour par son compte Facebook, avec par exemple sa magnifique photo de profil en alpiniste ou sa publication fin décembre en skis de randonnée dans le Massif des Bauges.

C’est donc en Savoie, que Jean-Luc voisin a acquis les qualités et les valeurs des montagnards :

- Le courage. Il en faut pour escalader avec piolet et crampons les murs de glace mais aussi, plus tard, réaliser en grande partie de sa carrière dans des zones de guerre.

- L’endurance aussi. Il en faut pour se rendre en voiture de Lagos au Nigéria jusqu’à son village de Saint Jean-d’Arvey, en traversant le désert du Sahara, avec son épouse et sa fille. Il en faut également pour participer à quasiment tous les ultra-trails organisés au Vietnam de Sapa à Dalat en passant par Moc Chau. Jamais en-dessous de 42 km et de 1 900 m de dénivelé positif… Non content d’avoir de l’endurance, Jean-Luc Voisin permet également aux autres d’exprimer la leur : il a ainsi fondé en 2002 « le Fruit Triathlon », plus ancienne manifestation multi-sports hors route du Vietnam qui pour sa 16ème édition en juin 2019 a attiré de nouveau plus de 500 participants.

- Et l’amour de la nature, enfin. Conscient de l’impact de l’homme sur l’environnement depuis son plus jeune âge, il fonde avec des amis à 18 ans l’association « Les Amis de la terre du Peney » et travaille déjà sur l’énergie solaire au début des années 1970.

Mais s’il est attaché à sa terre, il a aussi « la bougeotte ». Celle-ci l’emmène loin de la tranquillité des cimes, dans des pays aussi animés que la Libye, le Liban, l’ex-URSS, le Kazakhstan, l’Angola, le Zimbabwe, l’Irak et le Nigéria.

2/ C’est dans ces pays que Jean-Luc voisin atteint un deuxième sommet, dans ses réalisations professionnelles.

Il commence par des études à l’École Nationale des Industries Laitières, l’ENIL à la Roche-sur-Foron en Haute-Savoie, école réputée et spécialisée depuis 130 ans dans l’agroalimentaire et notamment la production fromagère. C’est une voie à laquelle il croit depuis longtemps, tant au plan personnel que professionnel.

Ensuite, il entreprend des études d’ingénieur agroalimentaire.

Il décide de devenir consultant, pour garder son indépendance, une constante de sa carrière et de sa vie.

Jean-Luc arpente les pays en développement, pour le compte de l’industrie agroalimentaire. Il participe à la restructuration de la production laitière au Rwanda, construit des usines pour le groupe de fromages Bel au Liban (pendant la guerre) et pour Nestlé en Afrique de l’Est.

Il parcourt le monde pendant vingt-cinq ans, poussé par une curiosité insatiable. Ses périples renforcent ses convictions sur la nécessité de protéger la nature et donc de choisir un mode de développement durable.

Il travaille également pour des institutions internationales, la FAO puis l’Union européenne. Le travail est passionnant mais il en tire le sentiment qu’il est difficile de faire bouger de si gros organismes.
Après cette première vie d’aventures industrielles dans de nombreux pays, Jean Luc et sa famille, s’installent en 2000 au Vietnam, il y a 20 ans donc.

Il a l’idée - folle pour certains - de monter une entreprise agro-alimentaire aux normes européennes en mettant en valeur l’agriculture locale. C’est un défi ambitieux.

Il choisit le Mékong car c’est un immense verger tropical, dont les fruits donnent tout au long de l’année. Jean-Luc le répète : c’est un paradis !

Commence alors une nouvelle aventure. La création de l’entreprise « Les Vergers du Mékong ».

Elle connaît un succès remarquable qui ne se dément pas. Elle compte 130 employés au Vietnam et travaille en partenariat avec plus deux milles familles de fermiers.

Les jus de la marque Le Fruit se retrouvent dans les plus beaux hôtels du Vietnam, de Dubaï ou Singapour.

3/ Cette réussite, il la doit à son choix d’entreprise responsable, c’est son troisième sommet.

Jean-Luc Voisin est un patron charismatique qui a réussi le tour de force de fonder une entreprise à la fois rentable et respectueuse de l’environnement. Certes, il veut profiter de l’exceptionnelle croissance de ce pays mais pas n’importe comment. Il veut d’abord des produits sains, cultivés de façon durable.

Pour se faire, il avance progressivement, discrètement mais inexorablement. C’est aujourd’hui un précurseur reconnu dans le développement durable au Vietnam et la responsabilité sociale. On le cite en exemple dans les domaines de l’économie circulaire ou de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). La Chambre de Commerce et d’Industrie France-Vietnam lui a d’ailleurs remis en 2018 le prix de la Responsabilité Sociale.

Son entreprise est devenue en 2019 au Vietnam la première entreprise B Corp, c’est-à-dire répondant à des exigences sociétales, environnementales, de gouvernance et de transparence.

Il fait des agriculteurs locaux ses partenaires, dans un esprit de famille et d’entraide. Il a compris très vite que c’est en intégrant les petits producteurs que l’on peut sauvegarder et développer une agriculture paysanne respectueuse de l’environnement. Depuis 20 ans, il leur achète en direct les fruits pour ses jus et ses confitures. Il forme les producteurs et introduit avec eux une agriculture « responsable » et « propre ». Ils sont donc aujourd’hui plus de 2000 à travailler avec son entreprise à travers des contrats qui leur permette de récupérer un maximum de la valeur de leur travail.

Il contribue ainsi au maintien de la population rurale près de ses terres ancestrales à une période ou l’exode rural devient un défi pour le Vietnam. Il insiste sur le caractère artisanal dans la création et la production de jus et confitures.

L’agriculture raisonnée est un de ses chevaux de bataille, ce qui n’est pas facile quand on sait à quel point l’utilisation de pesticides est répandue dans la production fruitière au Vietnam. Les Vergers du Mékong ont donc engagé des contrôleurs et ingénieurs agronomes pour vérifier la qualité des fruits mais surtout limiter voir même supprimer l’utilisation des pesticides. La réussite de cette démarche c’est qu’aujourd’hui on ne trouve aucun résidu de pesticide dans les jus et confiture de la marque Le Fruit.

Pour cet amoureux de la nature, l’écologie est l’un des points essentiels. Son usine se développant, elle créé de plus en plus de déchets, tels que des pelures d’orange. Il s’inquiète très tôt du devenir de ces déchets. Et même si cela est bien différent de son métier de base, il installe une usine de recyclage des déchets de son usine de fruits. Les pelures sont ainsi transformées en compost qui sera ensuite utilisé comme engrais biologique, dans les plantations des producteurs partenaires.

Il met aussi en place un emballage écologique. Il organise la collecte et le recyclage des récipients en verre et lance des capsules d’expresso biodégradables.

Toute cette activité professionnelle se fait dans un esprit de famille. Il considère son entreprise comme un prolongement de sa famille.

Il n’oublie pas sa famille proche. Avec Brigitte, ils forment un couple soudé et curieux de découvrir le monde mais toujours fiers de leurs racines. Pas de croisière ni de palaces, c’est le goût de l’aventure qui les lie. Ils étaient encore le mois dernier en touk-touk au Laos.

Et ce goût de l’aventure, de découverte et de protection de la nature, ils l’ont naturellement transmis à leurs 2 enfants Sophie et Gregory, ainsi qu’à leur 3 petits-fils – Azad, Grégoire et Simon.

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Monsieur Jean-Luc Voisin, au travers des valeurs que vous portez et que vous mettez en œuvre, vous faites honneur à la France. Vous constituez un exemple pour notre communauté.

C’est donc avec un grand plaisir que je vous remets ce soir la médaille du mérite.

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Jean-Luc Voisin, au nom du Président de la République, nous vous remettons les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite./.

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Dernière modification : 29/07/2020

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